Comment va ?

Cessons cette fable ineffable cette pratique ancestrale, ce mensonge ludique, ce faux semblant virtuel. Chaque jour le quidam qui croise une âme se sent obligé de lui demander comment elle va.

Pour les corps en paix cette question sans saveur est insignifiante, car la réponse est sans importance.

Mais pensez à ceux qui souffrent, mutilés de chagrins, rongés par la maladie ou abandonné par les leurs, songez à tous les coeurs en sueurs.

Là, le refrain du matin, le comment ça va quotidien devient chagrin, intolérable rappelant à l’âme en peine ses grisailles de haines, ses soupirs de tortures. Car comme les blessures sont souvent invisibles, tels des charniers profondément cachés ces paroles stupides ne font que faire saigner. Alors trêves de tirades faciles de style factice, ces mots futiles qui assènent au lever des acteurs de nuit blanche, une contraction dense en couche de silence.

Soyez donc indulgents pour tous ces gens accaparés par les migraines, ces muets de sons aux coeurs en prison. Et dorénavant, croisant le chemin de quelques congénères, restez sobres de commentaires. Saluez les simplement comme des frères.