Thierry Saintot
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Receuil collectif : Du Souffle sous la Plume 6

 12,00 € Frais de port offerts

 

Parution

 décembre 2011
Editeur Les Joueurs d'Astres
N°ISBN 978-2-36043-016-1
Format 190 pages - 12,5x19,0cm

Synopsis

Auteurs :
– Jean-Paul Belly – Jocelyn Daloz – Bernard Bacherot – Denis Fleurot – Michelle Grenier – Dominique Achard – Brigitte L. – Gérard Chaplais – Isabelle Ferretti-Schann – François Marti-Cavallé – Christophe Fisseux – Georges Valiadis – Brigitte Prados – Carine Sari – Yves Minois – Thierry Saintot – Frédérick Maurès – Mireille Lemaitre – Daniel Birnbaum – Morgane Tellechéa – Marie Cahen – Louise Delannoy – Laurent Platero – Carole Pivant – Martine Férachou – Patrick Morel – Isabelle Héroult – Marianne L. – Louise Taste – Daniel Augendre – Marie-Odile Chau – Marsilda Balla –


Voici la deuxième traversée en solitaire pour notre ouvrage collectif section « nouvelles ». Solitaire car les ouvrages sont désormais séparés de la section « poésie » qui s’est vue, elle aussi, battre des ailes en son propre ciel !
Intergénérationnels, mixtes, nomades, curieux, admiratifs, cruels, amoureux… nos auteurs ne cessent de nous mener par l’imaginaire et le flair, vers leurs différences, leurs passions et leurs cuisines créatives.
Bon appétit, bon voyage, bonne lecture !
 

Extrait

              - Ah ! ce Musset, quel romantique ! soupire Adeline en feuilletant délicatement l’ouvrage du poète.

 Un bel exemplaire relié cuir et cousu main, chiné il y a quelques jours au détour d’une brocante dominicale quelconque. Adeline étudie les lettres et sa passion pour les livres anciens est sans limites. Elle aime ces vieilles publications, en caresser les feuillets jaunis avec sensualité, grappiller au hasard quelques lignes et se laisser porter de page en page comme l’on se promène au gré de son instinct. La jeune femme parcourt à nouveau les vers de « Venise », et s’émeut peu à peu…

C’est le train de nuit en provenance de Paris qui salue mon arrivée dans la capitale vénitienne. Le crissement des freins et les secousses répétées du convoi annoncent notre entrée en gare de Santa Lucia.

Je m’empare de mon gros sac de voyage, exaltée et impatiente de rejoindre Azaria, ma correspondante italienne qui doit me recevoir pour cette semaine de vacances. Comme moi, elle étudie les lettres et nous nous recevons mutuellement une à deux fois par an en fonction de nos vacances communes. Je parle un peu italien et elle autant le Français, et c’est dans la bonne humeur et les rires que la langue de Shakespeare fait le reste. Mais ce jour-là Azaria n’est pas à la gare à m’attendre, comme convenu, et comme à son habitude. J’arpente longuement le quai, j’explore en vain les halls, je vais et viens au fur et à mesure que mon agacement se mue en inquiétude...

- extrait de " Troubles" nouvelle de Thierry Saintot

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Receuil collectif : Du Souffle sous la Plume 4

 10,00 € Frais de port offerts

 

Parution septembre 2011
Editeur Les Joueurs d'Astres
N°ISBN 978-2-36043-014-7
Format 122 pages - 12,5x19,0cm

Synopsis

– Thierry Thurmel – Catherine Jubert – Isabelle Ferretti-Schann – Matthieu Merlin – Alain Simon – Jean-Claude Lamazière – Jacques Thomassaint – Julien Wilhelm – Philippe Laperrouse – Daniel Birnbaum – Carole Pivant – Thierry Saintot – Sarah Van Heeswyck – Mireille Lemaitre – Morgane Tellechea – Sébastien Menard – Antoine Garnier – Sophie Le Nir –

Nous voici encore à un tournant dans la publication de nos ouvrages collectifs. Dans ce numéro vous trouverez uniquement des nouvelles. Nouvelles de l’Ankou ou de marin, nouvelles du condamné ou d’âmes supérieures, nouvelles d’une page ou en vingt-quatre parties, toutes sont artisanales et prêtes à être transportées. De gares en ports, d’Albanie ou du Finistère, nos auteurs vous livrent ici les échos de leurs voix intérieures, de leurs chansons encore inconnues.

Ce projet est mené par l’association d’aide aux auteurs Du souffle sous la plume, les éditions « Les Joueurs d’Astres » et Rezobook distribution/diffusion.

 

Extrait

Je m’ennuie de mon ennui à divaguer sans but sur les trottoirs de Londres. Big-Eden décompte de ce qu’il me reste à vivre, peureuse et grise comme son écrin de Tamise. J’entre chez Marks et Spencer, comme ça, sans hasard, mais sans but. C’est la que je la vois. Rousse. Sa peau est opalescente, transparente même, alors que le soleil printanier n’a pas encore marqué de taches de rousseur la virginité de son épiderme. Elle porte une robe de soie si claire qu’elle me paraît plus nue qu’une nymphe dénudée, satinant son corps soumis aux rayons de l’astre. Le vêtement à l’imprimé impeccable fluidifie son corps qui m’extasie. La finesse de son string marque à peine ses fesses au galbe dessiné par un artiste sublimé par les anges. L’image irradie mes veines et j’accuse sans émoi une érection soudaine. Je l’accompagne donc, la Rousse et ses jolies fesses, au travers des allées et des escalators qui lui offrent un décor art nouveau. Je ne la quitte plus et me rapproche d’elle, la respiration ahanant mon trouble. La Rousse s’en aperçoit et se retourne inquiète. Comme pour la rassurer, mon membre incontrôlé s’agenouille timide et chiffonné. Je lui souris et lui susurre...

- extrait de " La Rousse de Londres" nouvelle de Thierry Saintot

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Receuil Collectif ; Quand tout bascule

 Un recueil de nouvelles d'une seule page de Chloé desLys

Avec Adam Gray, Carine-Laure Desguin, Céline Gierts, Christel Marchal,Christian Van Moer, Christine Brunet, Claude Colson, Colin Ancolie, Edmée DeXhavée, Elisabeth Mercatoris, Emilie Decamp, Florian Houdart, FrançoisDelhaye, Gauthier Hiernaux, Georges Roland, Jean Hamel, Ghislaine Renard, Jean-PierreMeyer, Laurent Dumortier, Leo Sani, Louis Delville, Marcel Baraffe, Marie-France Mellone,Micheline Boland, Nathalie Marcon, Noann Lyne, Olivia Billington, Raymonde Malengreau,Romano Vlad, Sophie Vuillemin et Thierry Saintot.

Collectif de nouvelles d’auteurs de Chloé des Lys intitulé :« Quand tout bascule ».
J’y ai écrit une nouvelle d’une page (car tel était ledéfi)

Ed. Chloé des lys, 2011, ISBN:  978-2-87459-582-0

Commander directement chez l'éditeur :   (Remise de 30%)

Préciser, dans votre e-mail : chloe.deslys@scarlet.be
 
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Attention ! Chloé des Lys ferme ses portes pour les vacances de Pâques, d'été et de Noël.

Receuil Collectif : Nouvelles du travail- Tome 6

 Résumé

Dans le cadre de la 8ème SQVT (Semaine pour la Qualité de Vie au Travail) et pour la 6ème année consécutive, l'ARACT Languedoc-Roussillon en partenariat avec la librairie SAURAMPS a organisé un concours de nouvelles sur le thème du travail. Cette année 96 auteurs ont pris la plume, 46 d'entre elles ont été publiées dans ce recueil, dont celle-ci.

 

Chronique de la bêtise ordinaire.

  L’histoire, s’il en est une que je me dois de vous conter, c’est bien cette affaire sans piment et sans sel, ce genre de tracasserie inutile et stérile, élevée par quelques ânes abêti au sommet primitif de leur stupidité…

Le problème est quelconque par sa nature même, mais, porté par des rabougris du cortex qui se retranchent, nauséeux, derrière leur acuité cérébrale de gastéropodes ; il en devient colossal. Bref, de paraphrases en répliques me voici aux prémices de mon récit, et à la fin de cette introduction absconse, qui je l’admets volontiers, ne fait qu’agacer le lecteur mais qui à au moins l’avantage, et pour ma plus grande délectation, d’éloigner les cons. Cependant, et afin d’appréhender sereinement le processus qui engendra de telles difficultés, je dois vous exposer l’environnement ou s’enflamma ce vaudeville contemporain. Nous y voilà. L’hiver est bien avancé mais les frimas matinaux tardent encore à s’estomper, et les pavés adipeux de cette grande ville de province déposent une jeune femme à son agence de voyage. Il s’agit de Betty, elle travaille là depuis quatre ou cinq ans. Betty est de nature gaie et entière, elle s’entend parfaitement avec sa collègue, Martine, avec qui elle partage la tenue du commerce. Du moins, Betty le croyait. Elle l’affirmait même ; jusqu'à ce jour mémorable, ce genre de journée ou même la lumière exsangue semble blasphémer le moindre de vos gestes, la plus infime de vos paroles. Vous l’avez compris ; ces fameux jours où l’on souille nos semelles de nos dernières croûtes cuir sur d’horribles déjections canines, abandonnées par quelques canidés anarchistes. Car ce matin, Martine est furieuse de principe et agressive de comportement. Les circonstances sont graves et les complications vont êtres considérables. En effet, les dates des prochains congés doivent êtres déterminées ! Et l’inconvenance de Betty à choisir les mêmes que sa collègue, amorce chez Martine une logorrhée pseudo larmoyante mais réellement belliqueuse. La furie menace la pauvre secrétaire, ébahie du réquisitoire caractériel de sa consœur, agitée d’une effervescence fébrile. Elle doit changer ses dates ! Elle y est obligée ! « Tu sauteras une semaine ! » Rappelle la bouillonnante, arguant d’un démagogique privilège improbable, d’antériorité d’embauche. Betty est déconcertée par tant de haine, ébaubie par la buse bornée, qui macère devant-elle, dans sa léthargie intellectuelle. L’altruisme de Betty épargne néanmoins l’arrêt maladie prescrit ces derniers jours à la pauvre Martine. Elle congédie, polie, la Jeanne d’Arc temporaire, abrégeant les souffrances inutiles de chacune d’entre elle. « Le responsable tranchera » avait conclu Betty en réprimant sa peine comme pour acquitter sa cruelle déception. Les locaux de l’agence apaisés c’est le cœur en sous pente qu’elle reprend sa tâche, le soupir acide, désenchantée de nouveau par les valeurs humaines. C’est alors à ce moment, ou le récit s’enlise et devient fastidieux, à cet endroit précis où la narration exhume du fond de votre esprit un sentiment pâle révélant peu à peu votre insatisfaction, que je vous révèle l’inattendu, l’imprévisible ; j’ai nommé le rebondissement. Non sans une certaine espièglerie, qui à n’en pas douter fera murmurer votre indulgence, je dois vous révéler ce trait d’union à notre histoire, qui vous en conviendrez taquine votre curiosité, malgré la médiocrité de l’aventure. Soit ! Je cesse là mes épanchements sémantiques et vous dévoile la suite. Figurez vous que la brave Betty partage, comme le plus grand nombre des femmes, sa vie avec un homme. J’imagine que la révélation vous semble quelque peu anodine, mais comprenez que l’homme en question ; c’est moi ; Paul. Et c’est là que tout s’enchaîne, que l’attendu rebondissement devient exquis, presque savoureux…

Quelques jours auparavant, alors que je m’astreins à une révision hivernale de ma fidèle tondeuse, celle-ci tousse et crachote, cahote de la mécanique pour ne m’offrir au final qu’un rot d’hydrocarbures inefficace, marquant avec insolence ma défaite face à la machine. Les insultes d’usage consommées, Betty me propose dans un élan attendri face à mon désarroi, de porter l’engin récalcitrant au mari de sa collègue Martine, qui répare et bricole à ses heures perdues afin d’améliorer, en tout bien tout honneur, son pouvoir d’achat plébéien. Ce qui fut dit fut fait, et ma défloreuse de pâquerettes printanières déposée chez l’homme en question. Le quidam est jovial et faussement affable, assuré quoiqu’il en soit sur sa future réussite de réparation. Les jours passent inaudibles jusqu’au moment ou nos deux protagonistes de l’agence de voyage se vilipendent copieusement à propos de la future relâche estivale…

A ce moment la comédie latente se précise. Les événements se déploient en cascades tous plus étranges qu’absurdes. Betty a reçu un appel téléphonique du garagiste non patenté. Tonitruant et mal venu, il harangue ma femme lui reprochant sa position vacataire et, nonobstant l’amalgame curieux qu’il en fait avec ma tondeuse, il braille sa vengeance menaçant que l’engin s’en allait sous peu pourrir sur le trottoir de son village rustique. Apprenant la nouvelle je m’insurge, non pas contre le Zorro de la clé à molette, mais contre son abrutissement chronique qui me semble proche d’une pathologie à risque pour la société et mes contemporains. C’est dans cet état d’esprit que quelques heures plus tard, je pousse alangui, le chariot qui semble me guider dans les méandres des rayons alimentaires du super marché qui ravitaille périodiquement notre petite famille. Au détour de quelques surgelés, enclavé entre les aubergines et quelques potées fleuries, je découvre la présence du couple aphrodisiaque ; je veux dire Martine et Zorro. Mais l’homme ne m’a pas vu et je l’observe entre le persil et les choux verts. Il promène sa suffisance phallocrate et commente les produits que son épouse prélève dans les rayons, lui laissant le soin de mener le combat entre le chariot lourd de ses victuailles et la surveillance de leur gamine. Mon analyse est furtive mais suffit à me faire une idée sur l’étendue encéphalique du spécimen. Je décide de me montrer pour engager une conversation et mettre au point le sauvetage de ma tondeuse. Le courageux macho me dévisage alors et gonfle son cholestérol écartant au passage ses membres supérieurs. Il entame une marche ridicule, semblable à un paon défraîchi et sénile à la recherche d’un hypothétique coït. Un sourire incontrôlé frémi sur mes lèvres, que je masque d’un léger mouvement de tête. Identique à un prédateur, il arrive à ma hauteur et détourne subitement son visage de ma direction en feignant l’ignorance. Son épouse l’imite, le regard perdu dans les boites de pâtés, à l’évidence le cœur ruiné, par la soumission que lui inflige le comique dramatique. L’arrogance bouffonne du gogo provoque en moi une hilarité salvatrice qui donna à mes courses un parfum de gaieté.

 Les brumes matinales enveloppent encore l’air de leurs nébulosités lorsque je stoppe mon véhicule, face au domicile du Don Quichotte d’opérette. Le Crosfeld Jacob m’attend devant son étable. Il paraît mal à l’aise, à priori embarrassé par ma présence et probablement moins fier que la veille sous les yeux de sa femme. Un bonjour timide est lancé à mon adresse, auquel je réponds d’un ton gaillard et explicitement imbécile. Je découvre ma machine alors qu’il se gratte la tête, le regard errant dans les graviers humides qui recouvrent le sol. J’ai à ce moment une pensée soudaine et émue pour Etienne Chatiliez, qui avait mis en scène deux familles antinomiques, dont la plus bêtasse portait le patronyme de Groseille… Il avait donc raison !

L’infirme tondeuse est éviscérée, la bielle pendouille au bout de son axe et les organes intimes de sa motorisation paraissent agonir dans une caisse maculée. Sans aucune parole je rassemble mon bien, alors que le matamore s’est mué en collégien innocent. Me voilà au moment de quitter l’endroit, qu’il me souhaite sans vergogne une bonne journée. Je lui réponds d’un regard de bovin afin qu’il apprécie ma satisfaction de l’avoir rencontré. Malgré un dessein pervers qui me traverse l’esprit, imaginant lui souhaiter à mon tour d’excellentes vacances, je m’abstint et reprit mon chemin, laissant là le fâcheux à son allègre destin.

Nous voici à l’issue de cette banale chronique, qui je l’avais évoqué, n’a de dramatique que la bêtise humaine qui en a brodée la trame.

A ce propos, et pour illustrer ma conclusion, je vous livre ici une citation d’Ernest Renan.

 « La bêtise humaine est la seule  chose qui donne  une idée de l'infini »

Extrait de Dialogues et fragments philosophiques

Thierry SAINTOT

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Receuil collectif : Nouvelles du travail -Tome 5

 

Résumé

Dans le cadre de la 7ème SQVT (Semaine pour la Qualité de Vie au Travail) et pour la cinquième année consécutive, l'ARACT Languedoc-Roussillon en partenariat avec la librairie SAURAMPS a organisé un concours de nouvelles sur le thème du travail. Cette année 97 auteurs ont pris la plume, 44 d'entre elles ont été publiées dans ce recueil, dont celle ci.

 

Le Boss

   Le ton est indécent et l’homme déploie sa suffisance dans sa graisse de directeur reconnu. Le boss se prend pour un immortel. Un ovni qui a la faculté de nous offrir gratuitement chaque matin la lumière du jour. Pour la pluie ou le soleil, il suffirait de lui demander. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire du patron. Madame S., sa secrétaire a tout organisé. Elle est formidable cette gourdasse. Tiens, maintenant que j’y pense j’ignore même son prénom à la myope… Ceci dit, elle a un air à se prénommer Insalubre ou Sœur du Carême. Mais bon, si cela lui plaît de faire la fausse pute pour un SMIC, moi je m’en fou. Le blaireau de patron se nomme Jean C. de G. heu ! c’est vrai qui l’est gras Jean C. !, il se dandine satisfait comme un magret au milieu de son staff. J’observe un à un les prétendants à la fellation patronale…

Jean-Marc, tiré à quatre épingles, comme on dit. Il baisserait son pantalon pour un compliment celui-là. Il me dégoute. Toujours derrière le boss, à se marrer comme un imbécile dès que le patron sort un bon mot. « Monsieur de G. ce que vous êtes drôle, ah ! Monsieur de G. quelle répartie ! »… Un vrai pédé ce Jean-Marc, il croit qu’il sera un jour le bras droit du gros. S’il savait qu’entre nous on le surnomme : « le Tampax à Jean C. » et que le patron l’utilise comme une serviette… à jeter.

Ah ! Daniel, le RH. Lui c’est un vulgaire. Moi, je l’appelle le « vomi du Roi » ; gourmette en or et à prénom (dès fois qu’il oublie comment il s’appelle ce con) ! et cravate à Schtroumpf. Toujours en train de draguer ou d’ennuyer les femmes du service. Il a la main baladeuse et le verbe graveleux. Pour le déroulement de carrière des filles, il est toujours prêt ; à les mettre dans ses draps bien sûr ! En plus, il la joue donneur de leçons : le travail, le respect et la famille sans oublier la République ! Jean C. est au courant, mais il s’en fiche, surtout depuis que Daniel lui a prêté sa propriété en Sologne. Daniel et Jean C., les despotes parvenus et concupiscents de la Jean C. Consulting Innovation.

La Consulting Innovation… C’est là que je surnage, entre les fientes des démagos nés avec un compte en suisse et les parvenus prêts à écraser leur propre père. Déjà Consulting… le nom…

Élisabeth, une fille bien. La quarantaine heureuse, elle sort du lot. Il y a deux ans, elle a giflé Daniel dans le bureau du Boss. Une main de l’obsédé s’était égarée sur les fesses de la femme. Depuis, pour Élisabeth, la promo s’est endormie et sa charge de travail s’est envolée. Mais elle tient le coup et prépare sa vengeance, épaulée par quelques syndicalistes discrets.

Pendant que la secrétaire se pâme comme une dinde en offrant des canapés aux olives, Fabien lorgne discrètement la stagiaire arrivée chez nous, il y a une quinzaine. Fabien est un jeune ingénieur au célibat profondément introverti. Il parle souvent de sa mère, avec un certain trouble. La matrone semble influente et tyrannique, le jeune cadre s’en trouve timide et maladroit. Lorsqu’une femme s’adresse à lui le pauvre bougre s’évapore, les joues pourpres et la diction confuse en se triturant les doigts comme un gamin en flagrant délit de bêtise.

Et puis il y a Samira. Évidemment, de par son statut elle ne participe pas aux pots d’anniversaires et à aucune autre des festivités engoncées de la Consulting. La technicienne de surface ne ramasse que les miettes et les saletés étalées sans pudeur par les nantis de la boîte. Elle astique et aspire, nettoie et récure, inlassablement silencieuse. Samira est fille-mère, comme on dit. La jeune femme s’étiole telle une nymphe contrainte à se développer dans l’obscurité. Elle trime, elle bosse, acculée entre les horaires infligés d’un travail impossible et les obligations naturelles d’une maman improbable ; elle survit, affichant un sourire de parade. Un sourire de femme de ménage, dit-elle…

Derrière cette apparence de circonstance, Samira souffre. Elle porte avec difficulté sa beauté ambrée et tente piètrement de la masquer avec sa blouse d’infanterie du balayage. Une souffrance indicible tenaillée par la peur de tout perdre. Perdre son boulot et son logement, et, dans la spirale de l’injustice, sa santé et sa dignité. Elle tremble pour l’avenir de sa fille, car tout le monde l’ignore, mais Samira est clandestine ; une vulgaire « sans-papiers ». Tout le monde l’ignore sauf le patron et son sbire, qui exploitent ainsi la jeune femme, piégée par l’inhumain chantage.

C’est ainsi que s’orchestre le ronronnement ouaté de la Carlier Consulting Innovation. Les semaines passent avec leurs lots de rumeurs et de non-dits, les frustrations s’accumulent puis s’exorcisent, les méchancetés et les pièges se déploient puis s’éteignent et chacun s’émeut et ondoie tentant de se faire valoir auprès du boss.

L’atmosphère de la boîte me pèse autant qu’il me répugne. Cependant, je commence à être heureux de m'y rendre chaque matin, et de voir Samira. Longuement je guette son arrivée dans mon espace de bureau paysagé. Elle vide les poubelles et époussette meubles et ordinateurs, mais reste toujours un peu plus longtemps vers moi. Nous échangeons discrètement quelques mots, complices. La semaine dernière, je l’ai accompagné sur le chemin de l’école de sa fille, puis j’ai offert un goûter et un chocolat chaud. Nous avons parlé, nous avons ri, ma main s’est posée sur la sienne. Depuis, mes pensées sont sans cesse portées vers elle et je vais prochainement l’inviter à diner, peut-être oser lui dire que je l’aime.

C’est à l’approche des vacances que tout bascule à la Consulting. Les tensions atteignent leur paroxysme lorsque l’annonce du licenciement de Jean-Marc balaie l’entreprise d’un râle de satisfaction. Le pleutre a fait une grossière erreur sur un dossier, croyant se faire bien voir par Jean Carlier. Ce dernier l’a congédié sur-le-champ, fracassant au passage son image et ses ambitions. Les adorables collègues de l’exclu se gaussent et se régalent de bons mots sur l’incompétence du collaborateur. Leurs railleries potaches sont rapidement stoppées alors que la nouvelle de l’ouverture du procès de Daniel se répand de courriels en chuchotements sur tout l’étage de la direction. Élisabeth et ses syndicalistes trainent le RH obsédé aux Prud’hommes pour harcèlement et discrimination. Du coup, le boss est en furie et hurle des horreurs que son bureau ne peut filtrer. Quelques jours seulement après « l’incident », Fabien le jeune ingénieur à responsabilités dépose sa démission sur le bureau de Jean C. Il part, emportant avec lui la jolie stagiaire, désormais sa fiancée…

Le boss n’en peut plus ; le travail de Fabien est actuellement déterminant pour la boîte et met le patron en difficulté. Les conflits se multiplient et la pression s'appesantit. La secrétaire, madame S. se met en quatre pour apaiser son patron. Mais maladroite elle énerve l'homme davantage chaque jour. N’en pouvant plus, le patron craque et passe ses nerfs sur la femme qui ne s’en remettra pas. La violence des insultes de l’exécrable décideur anéantira la femme qui succombera quelques jours plus tard d’une rupture d’anévrisme.

Le climat est sombre à la Consulting et les derniers événements font réfléchir les « rescapés ». Je pense moi-même à me tourner vers d’autres horizons, et pourquoi pas avec Samira ? Justement, celle-ci nettoie les vitres du bureau de Jean C., qui l’observe, inquisiteur. Sa pensée de l’emploi masqué de la femme, le procès du RH et tous les problèmes actuels le font réfléchir. Il s’adresse fermement à la femme de ménage qui continue sa tâche, indifférente aux injonctions du patron. Celui se lève agacé en se dirigeant vers elle. Il exige maintenant que Samira quitte immédiatement l’entreprise ; pour toujours. Ce sera la dernière exigence du tortionnaire…

 L’enquête de police judiciaire conclura au suicide. Jean C. de G. s’est défenestré de son bureau du cinquième étage. Il est établi qu’il était dépressif et son impulsivité irraisonnée. J’ai abandonné la Consulting à ses repreneurs. Samira et moi vivons heureux. Elle s’est installée chez moi avec son adorable fille. Nous nous aimons. Ses papiers, c’est Daniel, le RH pervers qui les a obtenus. Déjà accablé par son procès, et la peur d’une nouvelle affaire, je profitai de la situation pour lui « suggérer » de les obtenir rapidement.

Thierry SAINTOT

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Drôle de vie

Le concours Vide-tiroir s'est achevé le 15 mai dernier, et a permisde récolter 120 textes. Le choix s'est avéré difficile. Il a fallulire et relire pour départager certains concurents. Dix huit textes ontété sélectionnés pour faire partie d'un ouvrage collectifqui est disponible en commande via le site:http://www.femmesavecloups.com/accueil.htm

Les 18 textes, parmi 120 reçus, ont été choisis et publiésdans un petit livre
Fréquence 4 en diffuse la lecture tous les samedis et dimanches

Les trois premiers textes retenus sont:

1- Ou qu'tu vas - Claire de Viron

2- Mon lointain - Isabelle Ferretti-Schann

3- Drôle de vie - Thierry Saintot

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Raymonde n’y est pour rien si elle traîne ses cent vingt kilos de haine entrele bistro et la cour. A regarder Robert, vingt ans après l’église etles promesses de caresses, Raymonde ne reçoit que des coups qui l’agressent.Il avait pourtant promis du bonheur et des fleurs, de l’amour et du miel…Pendant deux ans il fut charmant, puis un vacarme intolérable s’estinterposé. Un silence, jamais rompu. Son inexorable métamorphose aphonem’a enduite de mes kilos de honte. Affalé sur son canapé pourri, il acessé de me regarder. Enfin, sauf pour me demander de le masturber, entre deuxbières… D’ailleurs si je refusais, les bières, c’estdans la gueule que je les prenais… Alors je me suis mise à bouffer,à me bâfrer comme une loche, sale et vilaine. J’aidécidée d’être moche pour le dégoûter, pour neplus me regarder. Je mange. Je m’empiffre du matin au soir, àdégueuler. Tout, je mange tout. Les boites, les sauces, la confiture, les resteset mêmes les trucs qui traînent dans la poubelle. Un jour je mangerai mamerde, c’est sur, après je pourrai crever en baignant dans ma graisse et mapeine. Heureusement je vis de merveilleux moment de bonheur… Chaque jour, àdix neuf heures, je vais au bistro. Oh ! Mais je ne bois pas ! Je vais mangerun ou deux sandwichs avec de la mayonnaise qui dégouline partout avec des feuillesde salades et des morceaux de poulet à gogo. Ensuite, je prends des croquesmonsieur. C’est mon truc les croques, je préfère croquer ceuxlà que de sucer Robert alambiqué dans sa bière. Et puis au bistro,j’ai des potes ! Surtout des mecs, des vieux vicelards qui me tripotent unpeu, mais ce n’est pas méchant, ils s’amusent et racontent desconneries. D’ailleurs ils sont plutôt sympathiques car ils m’offrenttoujours un truc à grignoter pour que je reste un peu, toujours un peuplus… On rigole… Après je rentre, Robert est bourré et ilveut me violer, on s’engueule, on crie, ils me balance des trucs et fout tout enl’air, puis il va se coucher. Je suis enfin tranquille alors je me fais àmanger. Au bistrot ils m’ont dit que j’étais boulimique parce que jeme faisais chier avec Robert, que je devrais me tirer et arrêter de bouffer.Peut-être, mais pour quoi faire ? Pour maigrir et me trémousser commeles poufiasses de la télé, pour encore moins exister ? Alors quand jepense à tout ça je vais chialer dans la cour. J’ai installélà un fauteuil et un petit buffet regorgeant de friandises, je m’yréfugie pour pleurer. C’est ici que je l’ai découpé. MonRobert, il y a si longtemps que je ne t’ais pas entendu hurler en postillonnant tavinasse chaude et infecte… Je repense à toi Robert, tu me manques un peumais je ne regrette pas de t’avoir entièrement…Digérée.

Harcèlement fatal

Groningen, Pays-Bas- le 19 Sep 2007
Cher écrivain SAINTOT Thierry,
  Nous avons l'honneur de vous annoncer que vous êtes notre lauréat 
aux prix suivants : Votre nouvelle : "Harcèlement fatal" ,auteur : SAINTOT Thierry (France)

- PRIX D’ARGENT -Juillet 2007- du 14eme Art: la Nouvelle (Drame)
- PRIX DE BRONZE-Juillet 2007- du 14eme Art: la Nouvelle (érotique)

Toutes nos félicitations pour votre récompense !
La remise des PRIX aura lieu les 28 et 29 septembre 2007, à partir de 
20 heures, dans la salle de théâtre de l'université deGroningen.
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    Mathilde quitte son meublé de Montrouge. Elle serend à son travail, avec le bus de la ligne 68. Elle travaille depuis cinq moisdéjà au siège d’une grande banque, boulevard Raspail. Il est8h et la jeune femme noie ses pensées dans les gouttelettes éparses quimiroitent sur les vitres sales. Mathilde n’a encore quasiment pas dormi de la nuit.Elle ferme ses yeux rougis, elle souffle son malaise, elle en a assez…

Dans vingt minutes je retrouve mon bureau et mes dossiers, les appelsincessants des clients qui ne comprennent rien ni à la bourse ni aux placements,les rendez-vous, et puis, à neuf heures précises, l’autre vadébarquer dans mon bureau, comme d’hab.

Mathilde a tout juste vingt-huit ans.La jeune femme est brune, ni jolie, nilaide. Son regard gris et franc lui donne cependant un charme étrange. Native deMontélimar, elle doit tenir ce poste pendant un an, afin de pouvoir gravir encorequelques échelons. Ensuite elle postulera pour être conseiller financierdans sa région. Elle a mis de côté sa vie sentimentale depuis sadéception, avec Marc. Cet imbécile s’est fait jeter en prison poursix mois fermes. Attiré par l’argent facile, il a vendu des informationsconfidentielles à une boite d’informatique concurrente à la sienne.Pourtant la photo du couple enlacé trône toujours sur la table de nuit, dansson cadre aluminium, comme une plaie exsangue. Elle aimerait maintenant le revoir, leretrouver même, et lui raconter enfin ce qu’elle endure au bureau. Ledirecteur commercial de la banque ne la lâche pas. L’homme n’a passupporté les refus de Mathilde qui  a du repousser des avances incessantes.Le directeur éconduit n’a pas admis son échec et harcèle lajeune femme de plus belle. Antoine Valiere, quarante quatre ans, est directeur commercialau siége de la BIE. Il est de ces hommes, sûr de lui, enveloppéd’un narcissisme gras et suffisant de macho arriviste, ébloui par sonsemblant depouvoir. Il tente de se débarrasser de la jeune femme par tous lesmoyens.Coucher ou partir, en quelque sorte.

8h 30. Mathilde s’installe, un café aux saveurs de quai degare fume sur son bureau. Elle trie son courrier et consulte ses messagesélectroniques. Elle baille et s’étire en se demandant ce que luiréserve Valiere aujourd’hui. Le week-end prochain je vais descendre àMontélimar embrasser maman et papa et puis j’irais peut-être voirMarc. Jevoudrais savoir où il en est, ce qu’il compte faire à sasortie, dans un mois, et si nous deux… 9h 01. Valiere entre dans mon bureau, sansfrapper, comme àson habitude. Il a l’œil inquisiteur. Je n’aimepas ça. Bras de chemise jaune canari, cravate à raquettes de tennis,pantalon en tweed clair. Il s’approchede moi le sourire pincéderrière ses lèvres de débile. Il ne dit rien. Ce mec esttaré. Il contourne mon bureau et se place dans mon dos. Il se baisse doucementvers moi, je sens sa respiration dans mes cheveux, il pose sa main sur mon épauledroite, la chaleur de son souffle fait frémir mon oreille, il me chuchote.

    - Alors Mat chérie, bien dormie petitepute ?

Je ferme les yeux, je repousse sa main de mon épaule, mamâchoire se crispe. Je ne réponds pas. Sa main quitte mon épaule etse perd dans mes cheveux. J’essaie de me lever de ma chaise, il m’enempêche fermement. Je tente de me défendre.

    - Laissez-moi, ça suffit.

    - J’ai vraiment hâte de te voirà poil toi, tu dois être bien roulée.

    - Je vous en prie, encore une fois, laissezmoi tranquille, je n’en peux plus.

Valiere se place alors face à moi, il prend appui de ses deux mainssur mon bureau. La proéminence qui marque sa braguette de tweed ne peuttromper.

    - Ma chérie, tu n’as pasl’air de me comprendre. Dans sept mois tu retournes dans ta banque ànougats, avec une promo ou… Rien ! Tu aurais bien tort de te priver de cetteopportunité. Si tu es gentille, tu as tout à gagner, tu le sais.Réfléchis bien poulette.

Il s’en va en m’adressant un baiser virtuel, il est 9h 10, jesuis épuisée, j’ai peur. C’est ainsi chaque matin, avecévidemment des variantes, sordides et puantes. Il repasse ensuite à 13h, etm’invite systématiquement à déjeuner. Je refuse chaque jour,il sourit et m’adresse un de ses gestes dégeulasse. Un soir il a suivi monbus avec sa grosse limousine. Puis il a sonné chez moi. Je suis resté dansle noir toute la soirée et toute la nuit à trembler de trouille.Maintenant, le gardien ferme à clé le porche d’entrée. Et puisil m’envoie des tonnes de dossiers à traiter pour me faire craquer,où des clients compliqués à gérer. Ce Valiere est une ordure.Les autres filles du service sont au courant qu’il me harcèle. Mais ellessont soumises et aphones, coincées entre les crédits, les enfants, et lechantage à l’emploi que leur fait subir le chef. J’ai beauréfléchir et refuser l’inacceptable, je ne trouve pas de solution. Jevais prendre des calmants, il faut que je me pose, que je dorme.

J’ai somnolé durant tout le voyage, enveloppée dans ladouceur chimique que m’offrent mes comprimés de Lexomil, et bercéepar les ondulations du TGV. Un taxi me dépose à la maisond’arrêt d’Avignon. Les bâtiments sont vétustes et sales,Marc m’attend au parloir.J’éclate en sanglots, je l’aime, ilveut vivre avec moi. Je lui dévoile tout. Les avances et lagrossièreté de Valiere, ses menaces et ses pelotages, mes anxiolytiques. Ilest libéré dans trois semaines il va m’aider, je vais mieux. Mesparents sont adorables, je ne dis rien de mon malaise, un peu de fatigue, c’esttout. Je rentre à Paris, déterminée. Les trois semaines qui suiventsont intenables. Valiere pète les plombs. Il m’a proposé del’argent pour que je l’accompagne dans sa maison de campagne, dansl’Yonne. Mon refus l’a rendu dingue, il a jeté comme un enragétous mes dossiers au sol. Il devient violent dans ses menaces. La semainedernière, lors d’une réunion, le salaud s’est arrangépour s’asseoir près de moi. Un intervenant présente ses chiffres etses performances, les rideaux sont tirés pour la projection. L’ignobleglisse sa main sous ma jupe. Je tressaille, je tremble, je repousse sa sale pogneenremuant la cuisse. Rien y fait, ses doigts fouillent dans mes poils, cherchent monsexe. Je prétexte un malaise soudain pour quitter la salle. Je me réfugiedans mon bureau. Il m’y rejoint et me coince contre une armoire, il soulèvema jupe et me tripote. Je crie, il m’embrasse de force. Le médecin m’adonné un arrêt de travail de huit jours, Marc m’a rejointe dans monmeublé, mon envie de vengeance se dessine, je suis en pleine dépression. Jepleure dans ses bras. Mon amant retrouvé me dorlote, il me rassure, il a un plan,une stratégie diabolique. Il va nous venger. Je dois céder aux avances de Valiere, il va filmer l’abuseur et nous porterons plainte. Lesalaud va plonger. Marc est dans mon bureau du boulevard Raspail, il est 9h 05. Un fauxrendez vous pour un crédit commercial. Valiere a tourné les talons comme ille fait dès qu’un client est dans mon bureau. Toujours ça degagné. Marc inplante une caméra sans fil dans un angle du faux plafond, ilinstalle un logiciel sur mon ordinateur.

    - Tu cliques là, ton salaud de patronest à nous.

    - Marc, je ne peux pas faire ça,c’est impossible.

    - Nous en avons assez parlé monbébé, tu sais bien que c’est la seule solution.

Il s’en va. Je clique. La caméra grand angle filme toute lasurface de la pièce. Marc est quand même très fort. Le lendemainmatin, il est 8h58, Valiere entre. Je clique. Je porte mon petit tailleur framboise. Lajupe est un peu courte, forcément. Son petit jeu commence. Caresse sur la joue,les cheveux. Je ne bronche pas. Il paraît stupéfait. Il tente les seins. Jene bouge pas. Il ne se sent plus, il me glisse à l’oreille.

    - Tu as enfin compris Mat, tu as raison. Jesens que l’on va bien s’entendre.

Il pose ses lèvres sur ma bouche, il fourvoie sa langue, j’aila nausée. Il soulève ma jupe. Je ferme les yeux. Je pense à Marc.M’aime-t-il vraiment ? Le pervers souffle d’impatience, il me demande deme déshabiller. Je n’ai plus envie de me laisser faire. Tout ça medégoutte. Je lui réponds d’une moue équivoque afin qu’ilse déshabille le premier. Il ôte ses vêtements, fébrile. Sonmembre est tendu, je ne veux pas me donner à lui. Il s’approche de moi etm’enlève mon slip. Le téléphone sonne, enfin. Il me fait signede ne pas répondre. Je décroche. Je reconnais la voix de Marc qui demandeà parler à Valiere. Valiere est nu, ma culotte à la main, et lacaméra tourne. Marc lui parle. Valiere perd instantanément sonérection, il est blême. Il s’habille rapidement, me jette un regardd’acier et s’en va. Des larmes d’horreur jaillissent de mes entrailles,Marc a trop attendu pour appeler et j’ai eu peur. Je clique, la camérastoppe, la scène est bien enregistrée, le CD est gravé. Ce soir nousfaisons la fête, nous buvons un peu, nous faisons l’amour. Mais quandporterons-nous plainte ? Marc veut attendre un peu, nous avons le film, Valiere estcoincé. Je dois attendre, Marc dit que Valiere va venir me faire des excuses etune proposition. Une semaine passe, je ne vois pas l’obsédé de lasemaine. Je respire. J’apprends qu’il est en congé pour une quinzaine.Je préfère, je ne suis pas tranquille. Marc passe ses journéesà chercher du travail. Il n’en trouve pas. Ce vendredi je rentre àmidi du bureau, une RTT. J’ai oubliée de le dire à Marc. Al’angle de la rue Raspail et de mon arrêt de bus, derrière la vitrined’un café, Marc et Valiere. Je suis figée. Je me retranche àl’opposé de l’abri bus. Je les observe. La conversation semble tendue.Valiere est prostré et Marc fait des grands gestes. Mon agresseur remet uneépaisse enveloppe à Marc. Ils se quittent. Je me cache. Samedi, 10h. Jefais semblant de dormir. Il sort faire des courses. Je fouille dans ses affaires. Son sacde sport, l’enveloppe de Valiere. Tout s’écroule. Marc fait chanterValiere, il y a là quinze mille euros en espèces. Un râlem’envahit, je vais vomir. Je voudrais mourir. Je fais mon sac, la gare de Lyongrouille de voyageurs, je rentre à Montélimar. J’ai perdu madignité, mon boulot et mon mec. Je retombe dans ma boite de Lexomil. J’aimal. Lundi matin, 9h 30, je téléphone à la BIE. J’invente unproblème familial, papa est mort. Je serais de retour la semaine prochaine. 9h 37Marc décroche, même pas affolé ni inquiet. Je suis chez mes parents,je fais le point. Je le rejoins au meublé la semaine prochaine. Une semaine pourréfléchir, une semaine pour…

Je suis reposée, les idées claires. Il me reste deux moisà travailler dans cette banque pour décrocher ma place de conseillerfinancier. Largement plus qu’il n’en faut pour me débarrasser de cesdeux ordures. Les effacer de ma vie. Je me rend directement à mon bureau au sortirde la gare. Je suis en avance ce lundi matin. A 8h le vigile libère les codesd’accès au bâtiment. Les bureaux sont déserts. Je me faufilechezValiere. Je ne cherche pas longtemps. Une enveloppe glissée dans son agenda,une photo de lui, nu, le sexe en action, et moi en arrière plan, la juperetroussée et la culotte aux genoux. Au dos est griffonné letéléphone portable de Marc, des dates, des chiffres. Quinze mille le 17,dix mille le 20, reste quinze mille le 30. Je retourne à mon bureau. Je meconnecte sur la base de donnée de la banque et épluche tous les mouvementsd’argent ordonnés parValiere. Je passe des heures ainsi, noyée dansles chiffres, les transferts et les numéros de compte. J’oublie letéléphone, le déjeuner, les pauses. Je retrace peu à peu lesmanipulations bancaires de Valiere. Mes doutes sont avérés. Ce fumier paiele chantage que lui fait subir Marc, qui ne vaut pas mieux, avec l’argent desclients ! Il détourne habilement des fonds issus de placementseffectués par des grosses sociétés. Il est malin, il neprélèveque des sommes inférieures à cinq mille euros, sur dessociétés internationales qui brassent des millions par jour. Ledétournement peut à court terme passer inaperçu. Ce ne sera pas lecas. J’imprime mes preuves, prend des notes, je vais monter un dossier. Lesretrouvailles avec Marc sont tendues. Il se doute que j’ai compris son petitmanége. Il n’a toujours pas de boulot. Je lui fais la gueule. Il sortbeaucoup. Il dort sur le canapé, évidement. Valiere a refait surface ausiége de la banque. Curieusement, il a frappé avant depénétrer dans mon bureau. Son visage est marqué, il a maigri, sescheveux sont gras, il  a vraiment une sale tête. L’homme medévisage, le regard acide. Il se campe devant la porte, en se triturant les mainscomme un gamin qui va avouer une bêtise à sa mère. Le harceleur,convaincu jadis de son impunité, ressemble désormais à un adolescentmaladroit prit en flagrant délit d’attentat à la pudeur. Je medélecte. Il bredouille.

    - Euh ! Mat ; non, je veux dire,euh… Mademoiselle Mathilde, sachez que vous bénéficiez de tout monsoutien concernant vos futures responsabilités à notre agence deMontélimar. Euh ! Voilà, je… Mademoiselle. Ah !Si !Je vous propose d’oublier nos petits différents, et, pour vous remercier,une prime exceptionnelle vous sera versée.

Je toise l’horrible bonhomme, écoeurée. Je penseà sa femme, ses gosses, c’est répugnant. Ce pourri doit êtreenfermé pour ne plus nuire et agresser d’autres pauvres femmes. Il doit toutperdre, jusqu'à sa propre dignité. Je prend la parole, le ton ferme etdéterminé.

    - Ã‰coutez-moi, j’ai uneproposition à vous faire. Comme vous l’avez deviné, Marc,  quivous fait chanter, je suis au courant, n’est pas prêt à vous restituerle film. Le scénario est trop juteux, vous risquez votre boulot, votre famille etvotre réputation. Il vous tient et ne cessera jamais de vous en demanderdavantage. Mais moi je peux le persuader de vous rendre cette pièce biencompromettante. En échange je veux que vous m’invitiez à dîner,chez vous, en présence de votre femme et de vos enfants. J’ai hâte defaire leur connaissance…

Le patron est blême. Son visage se tord, il est hagard.Désarçonné par mon exigence. Le voilà affolé etbalbutiant son incompréhension. J’insiste, impertinente, le dîner enfamille ou le chantage qui perdure. Il quitte mon bureau muet et voûté,sonné par mon incroyable audace. Je savoure ma victoire. Ma haine estinstallée et ils paieront tout les deux. L’un pour m’avoiragressée et l’autre pour mensonge. Marc m’a dupée. Samanipulation en jouant sur les sentiments est abjecte, injuste. Son comportement perversgénère dans mon cœur et mes tripes une profonde aversion. Seull’argent l’intéresse et il m’a vendue comme une cover-girl pournantis dépravés. Le meublé est désert, ses affaires sontlà. Jefouine. Je récupère le CD. Je ne le regarde pas et ledépose dans mon sac. Dans sa boite j’ai glissé un enregistrement desaventures de Tintin. Il est con Marc, avec ses antécédents il va plongerpour un moment. Tant pis pour lui, je ne suis pas sa pute. Je suis de plus en plussereine. Ce matin j’ai même chantonné sous la douche. Je suis jolie.Je vais me venger. C’est à 11 h que Valiere apparaît enfin dans monbureau. Je jubile, maintenant c’est moi qu’il l’attend ! La minedéfaite, il se gratte la tête puis se lâche, le regard fuyant.

    - Mademoiselle Mathilde, je… Je crainsque mon épouse ne comprenne pas votre démarche, cela m’ennuie. Je nevoudrais pas que...

    - Cela suffit MONSIEUR VA LI E RE ! Vousn’aviez guère d’états d’âme lorsque vous vouliez mesauter ! Alors débrouillez vous avec votre femme sinon c’est àelle que nous donnerons le film !

L’homme a reculé d’un pas, perturbé par monhaussement de ton. Il perd pied.

    - C’est d’accord, je vaism’arranger. Venez dîner ce soir vendredi, vers vingt heures. Ne lui diterien, je vous en prie, s’il vous plaît.

    - Entendu, à ce soir. Veuillez melaisser maintenant, j’ai du travail.

Ses lèvres sont emportées par des tremblementsincontrôlés, il s’éclipse, groggy, complètementdépassé par ces derniers échanges. Je suis fière de moi. Jepense déjà à ce dîner, la fin de mon tortionnaire estproche…

Marc m’attend à la maison. Je l’ignore. Il me piste dela chambre à la salle de bain, il me supplie de lui parler. Je me maquille, commeune pute. Je choisi ma petite jupe d’été orange, celle qui est sicourte que je suis obligée de marcher à tout petit pas. Mon haut en lycramoulant et largement échancré fera apprécier ma poitrine àmadame Valiere, sans aucun doute. Marc est aux abois, il me questionne. Je le regardeavec pitié, puis lui demande de m’écouter.

    - Marc, ce que tu as fait est ignoble. Donnelui ce foutu CD et après, peut être nous pourrons parler. Pour le moment, jesors, salut.

Le taxi commandé par Valiere m’attend au pied del’immeuble. La course est déjà payée. La villa bourgeoise estsuperbe, luxueuse. Je sonne. Valiere ouvre en sourire de circonstance. Sagaîté de parade se transforme en une seconde en une crispation contenuelorsqu’il découvre mon accoutrement. Sa femme apparaît alors dansl’embrasure de la porte. Je saute au cou de Valiere et lui donne de gros bisous surles joues.

    - Antoine, tu es si gentil de m’avoirinvité chez toi, je suis tellement contente !

Je ris comme une gourdasse, je me trémousse comme une nymphomane. Jedonne du madame Valiere à la femme restée bouche bée. Nousvoilà au salon. Les fauteuils sont profond, ma haine aussi. Valiere a vieilli dedix ans en quelques minutes. Il tousse, regarde le plafond ou s’évapore dansles rosaces de la tapisserie. La femme offre à boire et alimente la conversationcomme elle peut. Lui, évite de diriger son regard dans ma direction. Je me tiensmal, la femme observe en coin mes cuisses largement dévoilées, et bombardeson mari de regards assassins. La tension se ressent. Je continue à me pâmercomme une dinde grotesque. Les enfants arrivent, la fille, dix sept ans, lèvres etongles peints en noir, filet à grosses mailles, rangers et jupe en stretchtailladée de bas en haut. Sa période gothique, susurre la mèrefaisant les présentations.

    - Chacun sa période !N’est-ce pas Antoine ! Dis-je, en riant.

Le fils, quatorze ans, est scotché sur mon décolleté.Les gamins apaisent l’atmosphère. Nous passons à table, je tiens lebras de Valiere. Les banalités ponctuent les plats, Valiere se détend unpeu. Il commence à expliquer à son épouse que je suis une jeunefemme sérieuse et que mon avenir professionnel est prometteur, et ceci, et cela.Il m’énerve l’obsédé. Le dessert est proche etj’en ai assez de faire du théâtre. Le môme m’agaceà force de me déshabiller du regard, la madame Valiere me faitpitié, et l’autre me débecte. Seule, la goth écerveléeà l’air de s’amuser comme une folle, et me semble plutôtsympathique. Valiere remet ça avec lesdifficultés rencontrées surcertains dossiers financiers, et les fluctuations imprévisibles du CAC 40.J’abandonne.

    - Oui mais heureusement que nous avons desbons moments de détente, n’est-ce pas Antoine ? Et puis nous sommes siproches. Vous savez madame Valiere, votre mari est vraiment un amour, vous avez de lachance.

La pauvre femme fond en larmes et se réfugie dans la cuisine.Valiere me traite de petite garce et l’adolescente scande des :« trop de la balle », en gesticulant sur sa chaise. Jem’éclipse en remerciant de loin l’épouse trompée,effondrée devant son évier. Je salue enfin Valiere d’un« au revoir gros nounours !»  Grivois et appuyé.J’imagine une fin de soirée torride chez les Valiere. Cette pensée mefait sourire mais peu à peu me révulse. Face à moi-même uneamertume corrosive m’envahit. La jouissance de ma petite vengeance passée jeme sens méprisable. Je pleure, je ne sais plus. La nuit est accablante, mescalmants même sont affligeants. Je sens une profondedéprimes’installer en moi, inéluctable et perverse.

Aujourd’hui nous sommes le trente, Valiere remet les derniers quinzemille euros à Marc, qui en échange, lui cède le disque de Tintin. Jedépose anonymement à la brigade financière le dossierqui prouve queValiere a détourné des fonds. Une copie est adressée aucomité de direction de la BIE avec l’argent que j’ai retrouvédans les affaires de Marc. Valiere hurle au téléphone. Marc ne le croitpas. Cette histoire deTintin est aberrante. Pendant ce temps madame Valiere visionne leCD que j’ai envoyé à son attention. J’avale deux boites deLexomil. Le lendemain, à 6 h, Valiere est arrêté dans sa maison del’Yonne pour détournements de fonds. Deux jours plus tard, le cadavre deMarc est découvert sous un tas de bois, au fond du jardin de la maison decampagne.